Sagouinisme

A propos du sagouinisme


 


Pour savoir ce qu'est le sagouinisme, voir le Traité du boudin à l'usage des prolétaires du sexe.
 

Curieusement, le mot "sagouin" m'évoque un petit garçon de quatre ans qui, après un caca mal maîtrisé, se retrouve avec un slip sale et des jambes maculées, que sa mère doit laver. Ce qu'elle ne fait qu'en pestant et en le traitant de « petit sagouin ». Ou une petite fille un peu plus âgée, qui, toutes les nuits depuis sa plus tendre enfance, fait pipi dans son lit, et se réveille chaque matin dans la terreur du mépris de son père, qui, en relevant ses draps, lui assène un humiliant : « Tu as encore pissé au lit, petite sagouine ! ». Pour moi, le sagouinisme, c'est sale, et pipi-caca. Immature.
Quand le "petit sagouin" devient grand, il perpétue sa propension à tout salir avec son pipi-caca. Sa zigounette mal lavée en main, puant la pisse, il s'évertue à la faire entrer dans tous les trous merdeux qu'il trouve... Mais là, plus de papa ou de maman pour lui faire la leçon, l'humilier, poser les limites d'une morale hygiéniste et dégoûtée. Le sagouin adulte brave les interdits parentaux avec délectation et se sent rebelle du sexe.
Aussi, je ne crois pas que le sagouinisme soit l'apanage des hommes moches, des boudins ou autres prolétaires du sexe. Bien au contraire, on le trouve tapis dans toute âme masculine, souvent d'ailleurs désigné populairement comme « le cochon qui sommeille en tout homme ». Je suis particulièrement bien placée pour le savoir, car j'ai l'heur de plaire et d'attirer les convoitises des sagouins... c'est-à-dire de toute la population mâle hétéro. Ce qui n'est pas peu.

Au sortir de l'adolescence, j'étais heureusement munie de deux jambes musclées et fines, d'un corps que nulle maternité n'avait encore marqué, de petits seins fièrement pointés vers le ciel, d'un petit cul charmant, et d'un joli visage que surmontait une superbe crinière blonde et bouclée. Malgré ces atouts purement physiques qui me donnaient toutes les chances d'alpaguer un futur chef d'entreprise bien thuné, j'étais totalement réfractaire à toute idée de mariage ou même de cohabitation d'aucune sorte avec quelque mâle que ce soit. Je me suis alors installée volontairement dans un célibat qui a duré plusieurs années. Pétrie de féminisme et d'un sens aigü de l'égalité homme-femme, j'ai voulu et vécu la chasse à la proie, la baise d'un soir tous les soirs, et le sexe pour le sexe.

Il m'a fallu ces années-là pour comprendre que la proie, c'était moi. La baisée de l'histoire, ma pomme. Le sexe fourré et refourré, le mien. Par le mâle, pour le mâle, pour son plaisir à lui. Parce que, il faut bien que je l'avoue maintenant, je n'y ai jamais pris de plaisir. J'ai crié et mimé une jouissance non ressentie pour en finir au plus vite, exacerbant d'ailleurs ainsi le plaisir de l'animal vautré sur mon corps. Pour connaître enfin le fameux orgasme vaginal décrit dans toute la presse féminine, j'ai multiplié les expériences, prêtant mon corps à de nombreuses pratiques pour tenter de l'éveiller plus sûrement, mais nada, peau-de-balle, queue-d'chie. Pas la moindre onde électrique ne m'a traversé le corps. Tout juste une vague sensation de désir utérin jamais assouvi, frustrante. Heureusement, des habitudes manuelles plus personnelles ne me laissaient aucun doute sur ma capacité à jouir.

Le problème, c'est que la pratique de l'amour libre et sans contraintes n'attire que ses adeptes. Et pour nombre de mâles, "libre et sans contraintes" signifie selon son bon vouloir et sans préliminaires. Quelque chose de pas trop fatiguant.
Sûr que des scouts de la baise, toujours prêts, il y en a ! Mais ils font ça comme un loisir du mercredi : on prend son short et son foulard, et on va dans les bois allumer un feu de camp, y faire cuire des saucisses, chanter autour et dormir sous la tente. Vont-ils ramasser minutieusement des brindilles, des petites branches et quelques bonnes bûches, puis élever progressivement la flamme en dosant les brandons ? Attendre que la braise soit bien chaude et les premières flammes calmées pour y faire doucement grésiller leurs saucisses ? Puis les retirer quand elles sont juteuses à point, craquantes et fondantes à la fois ? Que nenni, c'est trop d'ennui ! Ils rassemblent au hasard tous les éléments, arrosent le tout d'alcool à brûler, jettent une allumette dedans, et au premier feu qui jaillit, embrochent vivement leurs saucisses pour qu'elles soient cuites au plus vite, car leur appétit est grand. Et tant pis si la saucisse est brûlée sur le pourtour, et encore crue dedans. Ils vivent le grand soir, ils se sentent dieux de la nuit ... Alors ils braillent leurs chansons paillardes, au lieu de fredonner quelque chant d'amour en hommage à la nuit scintillante. Puis, ivres de leurs plaisirs bien frustres, ils s'effrondent à peine la soirée commencée sous leurs tentes montées à la hâte, entre un sac à dos qui pue déjà la chaussette et leur pantalon fripé jeté par-là.
Et la femelle qui a servi d'exutoire à ce grand gamin poussé trop vite, maladroit et expéditif, touchant dans ses efforts malhabiles à se faire jouir au plus vite, se tourne de l'autre côté en soupirant, et se termine discrètement à la main...

Alors, du cochon, du petit tendron plein de lait au vieux cuirassé qui sent l'ail parce qu'il ne prend même plus la peine de se laver les dents, j'en ai mangé, et re-mangé, jusqu'à l'écoeurement. Et toujours la queue (parfois les deux oreilles quand elles étaient compatissantes), pas moyen d'avoir un morceau plus noble, comme le coeur ou la cervelle.
C'est le seul plat, d'une banalité affligeante, servi en abondance par la société libérale, dominée par une population mâle qui veut de la fesse, encore de la fesse et toujours de la fesse. De la fesse féminine toujours plus tendre, toujours plus glamour, toujours plus disponible... De la fesse sans cellulite, musclée, bien hydratée, désodorisée, traitée anti-rides et anti-radicaux libres... De la fesse tentatrice, enchâssée dans un string coquin, glissée sous une jupe moulante, galbée par des talons hauts... De la fesse soumise, bondée, souple à la fessée...
Mieux : de la fesse sans nom, muette, bonne cuisinière et ménagère dans l'âme. Parce que maman ne sera pas toujours là pour rendre de menus services. Nous sommes dans l'ère du "trois-en-un", de l'efficacité, de la rentabilité, et la fesse coûte cher : autant qu'elle ait plusieurs fonctions, comme la chaîne hi-fi qui fait aussi réveil, la climatisation de l'auto pour un franc de plus, l'assurance-chômage dans le crédit à la consommation...

Contre la fesse et l'argent élevés au rang de valeurs dominantes, je dis non à « ... la dictature de la beauté, ou d'une certaine idée de la beauté, orchestrée à grands renforts d'argent par les Mass-média à la botte du Grand Capital » que détiennent et dirigent les grands capitaines de l'industrie, tous des mâles, tous des cochons, tous des sagouins.

Ça, c'est la première couche, la plus visible, largement affichée en quatre par trois, et aux culs des bus.
Plus compocteux et plus sournois sont les idéaux répandus à l'encan, à propos de la félicité dans la pérennité du couple. Sur les petits écrans, dans les pages des magazines, un seul modèle de vie, une seule ligne de conduite : le couple, l'amour-toujours. Hors cela, point de salut. Salut militaire, salut hitlérien ? Non, salut au sens religieux « le fait d'être sauvé de l'état naturel de péché et de damnation qui résulteraient de celui-ci » (in Micro Robert de poche). Donc, pour être sauvés de la fesse, marions-nous (ou pacsons-nous, c'est plus moderne). Les célibataires n'ont que ce qu'ils-elles méritent, le péché et la damnation dûs à leur état naturel (sauvage ?).
C'est vrai que la baise entre célibataires, c'est souvent ennuyeux, mais elle a drôlement perdu de sa saveur de péché, ou bien est-ce déjà l'enfer de la damnation : l'enfer de la consommation ?
Quoi qu'il en soit, partout règne le consensus sur la nécessité de rassembler un mâle et une femelle sous un même toit, condition sine qua non à l'objectif recherché, le bonheur pour chacun et pour tous. Et bien sûr, « ils s'aimèrent et eurent beaucoup d'enfants ».

Puis Joseph quitta Cathy pour une fille plus jeune, plus disponible, pas encore irritée par les couches, les chaussettes sales et les courses au supermarché tous les samedis : « Elle est gaie, elle rit tout le temps, c'est pas comme toi, tu fais tout le temps la gueule... ». Cathy, pas bête et qui avait senti le coup venir, a vidé tous les comptes communs, et se bat pour l'empêcher de voir leurs enfants. Les beaux-parents jettent de l'huile sur le feu, les copains du couple ne voient plus ni l'un ni l'autre « on ne veut pas prendre parti », tout le monde a des problèmes de fric en plus, et en ce moment, ça va pas fort au boulot...

 Mais d'où sort cette idée qu'il faut être deux pour être heureux ?!
Essayons déjà tous seuls, chacun de notre côté, et partageons les bons moments, le plus souvent possible. Ce serait déjà pas mal de réussir ça, avant de foutre tout le monde dans le même bâteau, et espérer que puisque chacun a une rame, il va savoir s'en servir, et qui plus est, dans un esprit d'équipe. C'est toujours la même histoire des scouts du mercredi en promenade dans la forêt : du bricolage, de la paresse, du vite-fait.
On y revient. Les scouts, les bons sentiments, les cathos.
Ceux qui ont eu l'idée en premier, ce sont les curés. Des mâles. Qui en plus, n'usant pas de la fesse, ne voient qu'une fonctionnalité aux femelles, la tenue du foyer. Faut pas se méprendre, là. Ce sont ceux-là même qui ne savent pas de quoi ils causent en parlant de bonheur conjugal, qui l'ont institué garant du salut éternel. (Quand on pense qu'ils ont même fait gober une histoire d'immaculée conception ! Mais faut être conne pour croire que l'on fait des enfants par l'opération du Saint-esprit ! Surtout après les campagnes du planning familial... Enfin, bref. Moi, c'est ce qui m'a détournée de la religion dès que j'ai eu vent de cette histoire abracadabrante, et je n'avais pas dix ans).

Donc, revoilà les bonshommes, déguisés en curés, qui expliquent aux femmes ce qui est bien pour elles, et surtout pour eux : trouvez-vous un bon petit mari, faites-lui la cuisine, le ménage, des enfants, ça s'appelle l'amour, et c'est beau. Pouuufff...
Et en plus, on n'est même pas payées pour le faire.
C'est de l'esclavage qui se dissimule, voilà tout. D'ailleurs, faites un test autour de vous : demandez à des hommes quel genre de travail ils sont prêts à effectuer sans être payés, juste par idéal. Vous allez entendre : ouais, Médecins sans frontières, les Restos du coeur... Pas un ne va dire : rester à la maison pour m'occuper de mon foyer, par amour pour ma femme. Et pourtant, combien de femmes le font-elles, sans se poser de questions, simplement parce que toute la société - dominée par les mâles - leur dit que c'est bien de le faire ?
Bon, la connerie de la femelle me laisse moi aussi pantoise.
Je suis un peu moins aliénée, aussi suis-je : « contre l'amour courtois, et l'idée de l'amour éternel, héritage odieux d'un christianisme périmé » que nous ont laissé nos pères, et que valorisent encore nos pairs (ceux à boules).

Entre la consommation triste d'une chair sans saveurs à portée de main - ou de con, le terme est plus approprié - et l'assurance, que procure l'esclavage conjugal, d'un coup de pine rendu triste par des années d'ordinaire, où se trouve l'étincelante flambée des corps qui porte à son paroxysme la rencontre entre deux êtres ?

Parce que, il faut pas croire, se faire tringler, bourrer, enfiler par tous les trous, jusqu'à en jouir mécaniquement, ce n'est pas non plus très gai... même si ça fait du bien par où ça passe. Il manque juste un petit supplément d'âme pour ne pas se sentir qu'un trou à pines. Ou une pine à trous, hein, messieurs ?

Imaginez, imaginez un seul instant que vous êtes la seule pine existant sur cette terre. Partout, des milliers de femelles, de femelles qui n'ont qu'une chose en tête, s'enfiler votre pine. Pas vous sucer, vous malaxer entre leurs entrailles, vous amener à la jouissance, non. Qui ne veulent que se frotter à votre appendice pour se faire du bien. Que cela vous plaise ou non. Quelque soit votre humeur du moment, vos petites maladies, la sale tête que vous vous trouvez ce matin. Vous sortez acheter du pain, en jogging, pas rasé, les dents sales. Et vlan ! Une saute-au-paf se jette sur vous. Ça vous fait bander, hein ? Oui, mais en voilà une autre, et puis encore une autre, et une autre, une autre, une autre... Ouh la ! C'est que vous avez pas que ça à faire ! Et puis vous fatiguez, et puis, et puis... zut, quoi ! Foutez-moi la paix ! Je veux juste une baguette de pain !!! Ouin... !

 Depuis que je suis petite, je suis en butte aux bites. Elles sont partout. A cinq ans, le voisin venu nous garder, moi et ma soeur, nous a montré la sienne. A quatorze ans, encore vierge mais pratiquant l'autostop, j'avais déjà vu les verges de quelques vieux messieurs, alors que mon petit copain gardait la sienne dans son jeans. A dix-huit, j'en avais tellement vues, exhibées au détour d'un buisson ou juste avant que la porte du métro parisien se referme, que je ne sursautais plus, et me contentais de les signaler aux flics quand elles apparaissaient trop près des bacs à sable.Des années plus tard, enceinte jusqu'aux yeux, j'attirai encore les pines jaillissantes de pantalons dégrafés à la hâte...
Il me faut aussi me garder des mains au panier et au cul (ah oui, c'est pas pareil : l'une est une agression par la face avant, l'autre surprend par derrière), des mains baladeuses dans les foules compactes, raccrocher au nez d'excités du téléphone, supporter les agressions verbales et injurieuses de jeunes cons attisés par les filles en vélo, défendre ma vertu même parfois contre les tentatives de viol... Une fois, j'ai dû donner des coups de pied dans la grille d'aération des toilettes communes de l'immeuble où je travaillais : un sale type essayait de me voir pisser... Des anecdotes rigolotes ou limite-limite, je peux vous en raconter des paquets.

Vous parler des tactiques de certains bonshommes qui se sont prétendus photographe, sculpteur, peintre, gérant d'une salle de sports... leurs bonnes manières qui impressionnaient la petite bouseuse que j'étais, leurs façons de contourner mes défenses et de jouer de ma naïveté et de ma jeunesse qui n'osait pas dire non par politesse, pour m'amener dans un lieu écarté, et tenter de me tripoter...
Je fais beaucoup rire avec ces savoureuses histoires où je n'ai pas le beau rôle, où ma crétinerie dépasse les bornes de l'entendement, où il faut que j'ai l'objet du délit sous les yeux pour comprendre, enfin ! , où le vieux monsieur si gentil voulait en venir... Vous aussi, vous pouvez rire. Mais c'est exactement avec ces mêmes méthodes de persuasion et de manipulation que l'on vous vend une voiture ou une assurance-vie... et vous n'avez plus seize ans. Elles sont également utilisées par les pédophiles pour entraîner vos charmants bambins dans le bois à côté, ou bien les gourous des sectes pour attirer votre grand garçon dans leurs girons. Alors ne jugez pas trop vite.

Vous parler aussi du viol sous la contrainte d'un pistolet. Vous expliquer longuement comment, alors que j'ai eu au cours de cette mésaventure plusieurs fois l'occasion de m'en sortir, je ne l'ai pas fait, le cerveau bloqué par la panique. Comment je m'en suis tirée finalement, et sur une note comique encore ! Comment même j'aurai pu ne pas me retrouver fourrée dans cette mauvaise histoire, avec un peu plus de jugeotte... Là, c'est facile, je n'aurai pas dû faire confiance, on me l'a assez répétée quand j'étais petite, de ne pas aller avec des inconnus...

Oui, mais c'est comment la vie, alors, si on ne sort jamais de chez soi, si on ne peut faire confiance à personne, si on doit refuser tout dialogue avec un inconnu, si l'on ne peut sortir et voyager que sous la protection d'un mâle (car deux femelles attirent deux fois plus d'emmerdes) ? Ça ne vous rappelle pas de terrifiantes histoires qui se passent dans un pays soumis aux talibans ? Ou plus simplement, si ce parallèle vous choque, une liberté conditionnelle ? Une forme d'emprisonnement ?

Et vous, les hommes, comment vous faites ? Vous n'avez jamais envie d'aller boire un verre, de faire des connaissances amicales, ou tout simplement d'aller vous promener par un beau soir d'été pour profiter de la douceur de la nuit après la lourde chaleur de la journée ? Ou de voyager dans d'autres pays, mais là, vous n'avez aucun collègue ou ami sous la main avec les mêmes dates de congés payés que vous ? Je n'ai pas assez développé tout à l'heure tout ce que signifiait la mise en couple de la femelle : c'est aussi sa mise en coupe réglée, une façon de dire, une femme ne doit pas être seule, sortir seule. Réfléchissez-y tout seul, après tout, je ne vais pas vous mâcher tout le travail.

 Moi je reviens à toutes ces bites obsédées par la prise de possession de mon con.
C'est insupportable de vivre en permanence sur la défensive, de ne pas pouvoir répondre à un mec qui demande l'heure sans se méfier de lui, de garder un oeil sur le type qui déambule dans un magasin où il n'a visiblement rien à faire... et soudain, de se le retrouver pile en face, coincée dans un coin de rayonnage, et de clamer haut et fort « laissez-moi tranquille ou je crie ».
Alors c'est curieux la réaction des gens : ils détournent la tête, surtout les femmes, les hommes sont plus interventionnistes (ça, c'est votre côté Chevalier servant, très agréable s'il ne cachait pas l'espoir d'une petite récompense... On passe d'un sagouin à un autre, voilà tout). Mon truc, c'est de me rapprocher des vigiles, ils sont payés pour cela, après tout, mais je me sens toujours gênée de devoir demander la protection d'un homme contre un autre.
Mais après, les gens me regardent d'une drôle de façon, ou évite mon regard, ne font pas de commentaires, comme si en protestant publiquement contre les avances sexuelles d'un type, je transgressai un interdit (mais lequel ?). Alors qu'en général, quand un incident se produit dans un lieu public, il y a toujours des personnes qui entourent la victime, donnent leur avis, s'indignent...
Alors je passe pour une mijaurée, mais je m'en fous j'ai protégé mon cul et envoyé paître un malade, ou pire. Le pire, c'est ça, et je l'ai entendu plusieurs fois de la bouche même de l'agresseur (qui retire en même temps vivement sa main de sous ma jupe) : « Madâme, vous prenez vos désirs pour des réalités ». Des glonflés de chez Gonflés, je vous le dis !

Pendant longtemps, indignée, je racontais à mes copines toutes les mésaventures qui parsemaient d'autant d'embûches désagréables mon quotidien. Leur surprise, leur incrédulité même, me fit me poser des questions. Est-ce qu'elles-mêmes vivaient des choses identiques ? Et bien non. Sauf dans les rares occasions où elles sortaient de certains rails balisés, et où, inmanquablement, un incident comme ceux que j'ai relaté les incitait à vivement réintégrer les lieux "sûrs". En fait, elles s'autobornent. Donc il ne leur arrive rien. Leurs vies ne sont pas transcendantes non plus, d'ailleurs. Elles sont dans le culte de l'amour, du couple... bref, elles sont dans le rang. Ce n'est pas mon cas, alors je suis une proie pour les chasseurs, et apparemment, un giblier de choix.
Je ne suis pas une déesse de beauté, mais parce que j'ai les cheveux blonds et bouclés, les yeux bleus, et un air de bonne teutonne, je ressemble par trop à ces filles qui s'exhibent jambes écartées en double-page des magazines pour les hommes. Imaginez que l'une d'entre elles descende dans la rue : son image est familière aux sagouins qui la reluquent journellement aux chiottes, et soudain, Elle est là. Ils la croyaient inaccessible, elle est à portée de main. Elle a l'air si "gentille" dans le magazine, elle ne peut être que facile à aborder. Alors, à l'abordage !
Et voilà, j'incarne un fantasme, la salope de Lui, la petite vicieuse qui suce son doigt entre ses lèvres mouillées sous un regard bleu d'ange et de doux cheveux lumineux... la petite sale... la sagouine...

Je me souviens d'une histoire marquante : partie boire quelques bières dans un bar avec deux copains, j'étais installée devant une de ces tables très hautes, sans sièges, où l'on peut poser sa bouteille. Derrière moi, un petit avorton s'agitait beaucoup. Au bout d'un moment, il engage le dialogue avec un de mes amis, qui se penche vers moi, et me dit : « T'as vachement la côte avec ce mec, tu veux que je te le présente ? "» Sans même avoir vu la gueule du type, sans me retourner, je réponds à mon ami : « Lui ? Je ne l'intéresse pas. Il n'a même pas regardée. Tout ce qu'il veut, c'est se branler dans mes cheveux et éjaculer dedans ». L'intéressé a confirmé. Voilà l'effet que je produis, et je m'en passerai volontiers.
Surtout, il y a longtemps que je ne me fais plus d'illusions sur les mecs, pas un qui n'ait pas une braguette prête à s'ouvrir. Quelque soit la sauce, ou le parfum qui enrobe le tout.
Alors je lutte tant que je peux pour les tenir éloignés de ma vie - oui, vous les sagouins qui salissez tout avec votre désir gluant que vous brandissez comme un étendard à saluer ou une icône à adorer, jusqu'à mes rêves de petite fille, ma naïveté, vous m'avez tous profondément blessée - et garder la place pour un homme avec du respect, de l'âme et des sentiments.

Cette lutte acharnée pour le droit de vivre sans avoir à subir le désir des autres, c'est mon combat.
O.K. je sais ce que vous pensez, on me l'a dit cent fois : je ne suis pas un boudin, je n'ai que l'embarras du choix, ça me va bien de faire la dégoûtée... si j'étais moche, je serais bien contente que l'on me manifeste tant d'attentions... Et bien, non.
Parce que je suis jolie, attirante, j'ai suffisamment usé du droit de me faire tringler sans vergogne, pour savoir que c'est rarement jouissif, et totalement inintéressant, vide.
Nous les femelles, nous n'avons pas besoin de nous remplir le con, comme vous, vous avez besoin de vous vider les couilles. Nous ne sommes pas un vide à combler, mais bien pleines de toutes nos vies, de toutes nos sensations, de tous nos sentiments, de tous nos espoirs et de toutes nos peines. Comme vous. Sauf que nous n'essayons pas de les décharger chez le voisin, en prenant son petit jardin pour un dépôt à ordures.
Les êtres humains ne sont pas identiques et chacun a le droit d'exister avec ses différences.
Aussi, avec ma grande gueule d'ange qui suce - mais seulement qui j'aime, et à mes heures  - je m'inscris en faux par rapport à la ligne du Comité Central de l'Internationale Saguiniste, et demande à ce qu'elle soit reconsidérée en regard de ces différences-là.
Ou bien, puisqu'elle a été rédigée par des hommes, à partir d'expériences d'hommes, je demande à ce qu'elle ne soit signée que par des hommes parlant en leurs noms, pour eux-mêmes. Et qu'elle ne se mêle pas de dire aux femmes ce qu'elles doivent penser du sexe, du sagouinisme, et de ce qu'elles doivent en faire ou comment.
Merci.
 

Lullie, avril 2001

P.S. : Plusieurs lecteurs ont été embarrassés par ce texte. Je réponds à ces commentaires dans "Les Humeurs".
 
 

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